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[] Les 6 processus RH les plus critiques en matière de gestion des données 😒




- Sunderland, précurseur des pour le stades de . On y verra bien nos à l'intérieur avec notre collée au mur !⚽🏟😍 .





















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Faits, protagonistes et enjeux: le point sur les volets de l'affaire Benalla
FOCUS - Les dernières révélations en lien avec Alexandre Benalla touchent à différents aspects et enjeux juridiques de l'affaire qui a éclaté en juillet 2018. Nous faisons le point sur les différents volets et étapes pour mieux comprendre les derniers développements.

«Une tempête dans un verre d'eau», avait estimé Emmanuel Macron, fin juillet, pour qualifier les révélations. Mais, sept mois plus tard, les vagues successives de l'affaire Benalla n'en finissent pas de fragiliser le chef de l'État et ses plus proches collaborateurs. Mises en cause, perquisitions, auditions, révélations de la presse et interpellations au Parlement se sont succédé. Le placement en détention provisoire d'Alexandre Benalla, mardi soir, pour n'avoir pas respecté son contrôle judiciaire, et la présentation, mercredi, du très attendu rapport de la d'enquête du Sénat, qui va saisir le procureur de la République pour réponses mensongères, sont les derniers épisodes de ce feuilleton. Pour comprendre les enjeux de ces récents développements, nous faisons le point sur les quatre principaux volets de cette affaire et les personnalités impliquées.

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Benalla : Rapport du Sénat : une “appréciation très politique” ? - Regarder sur Figaro Live

• Les violences du 1er mai et les images de vidéosurveillance

Le début des différents rebondissements dans l'affaire remonte au 18 juillet 2017. Le Monde dévoile alors des images montrant un homme habillé comme un policier molester des manifestants. Le quotidien révèle qu'il s'agit d'Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Élysée, proche du président de la République. Pour ces faits, Alexandre Benalla a été sanctionné par une suspension de deux semaines au mois de mai, explique alors le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Alexandre Benalla a été mis en examen dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte par (…) Lire la suite sur Figaro.fr

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Au fait, c'est qui Saint Valentin?
#AFCQ - Chaque année, le 14 février donne un prétexte aux amoureux pour s'offrir des cadeaux. L'occasion d'explorer l'histoire de ce personnage, aux croisements de la mythologie romaine et de la tradition chrétienne.

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Sept salariés sur dix se rendent au travail en voiture
INFOGRAPHIE - Ces données de l'Insee apportent un nouvel éclairage sur la fiscalité liée aux carburants, à l'origine de la colère des «gilets jaunes».

En pleine polémique autour d'un retour potentiel de la hausse de la taxe carbone, une initiative soutenue par plus de 85 députés dans Le Figaro , une nouvelle publication de l'Insee souligne l'enjeu majeur que représente cette fiscalité alourdie touchant notamment les carburants des véhicules motorisés. Selon une étude de l'institut de statistiques, dévoilée ce mercredi et basée sur des données datées de 2015, sept salariés sur dix recourent en effet à leur voiture pour effectuer le trajet entre leur domicile et leur lieu de travail. L'utilisation d'un véhicule à quatre roues est extrêmement répandue, sur l'ensemble du territoire, région francilienne mise à part. En moyenne, à l'échelle nationale, 70% des salariés utilisent ainsi leur voiture pour aller travailler, quand 16% emploient les transports en commun, 7% marchent et 4% se déplacent en deux-roues (vélos, motos). Les 3% restants, quant à eux, n'ont pas besoin de se déplacer pour travailler.

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• Les transports en commun plus présents dans les métropoles

Dans le détail, la région francilienne fait figure de cas à part. Dans l'aire urbaine parisienne, en 2015, 10,7% seulement des salariés utilisait un véhicule à quatre roues, l'écrasante majorité se déplaçant plutôt en transports en commun. La prédominance d'autres modes de transport que la voiture se voit également dans plusieurs grandes aires urbaines, comme à Lyon, Rouen, Rennes, Strasbourg, Nice ou Bordeaux. Pour autant, la capitale des Gaules est la seule ville où les salariés utilisent davantage les transports en commun que la voiture. Près de 20% des salariés marchent ainsi au travail à Rouen comme à Nancy, un score bien au-delà des autres villes.

Faut-il rétablir la taxe (…) Lire la suite sur Figaro.fr

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L'industrie française a de nouveau souffert en 2018
INFOGRAPHIE - La production industrielle a reculé de 1,4 % sur un an. Malgré leurs difficultés à trouver des bras, les chefs d'entreprise se déclarent pourtant optimistes en ce début d'année.

La production industrielle a reculé de 1,4 % sur un an. Malgré leurs difficultés à trouver des bras, les chefs d'entreprise se déclarent pourtant optimistes en ce début d'année.

Le franc rebond de l'industrie française n'aura duré que deux petites années. En 2018, la production industrielle française a reculé de 1,4 %, selon les derniers chiffres de l'Insee, quand elle augmentait de 4 % en 2017. Tous les secteurs, à l'exception de la fabrication de matériels de transport, s'affichent en repli, jusqu'à 7 % pour les activités de cokéfaction et de raffinage. L'industrie automobile a de son côté reculé de 3 %.

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Après des dizaines d'années de crise qui ont culminé dans le creux des années 2012-2014, la France souffre de la faiblesse de ses capacités de production, abîmées notamment par le sous-investissement chronique des industriels. En janvier, 35,4 % des entreprises avaient ainsi saturé leur capacité de production, soit 13 points de plus que la moyenne de long terme. En parallèle, les difficultés à recruter concernaient désormais 43,5 % des groupes, 15 points au-dessus de la moyenne.

Une batterie d'indicateurs contradictoires

Malgré ces blocages structurels et les mouvements sociaux, la production industrielle a progressé en décembre de 0,8 %. Côté verre à moitié plein, cela démontre que la France «a évité, au moins jusqu'à maintenant, l'effondrement des activités manufacturières que nous avons observé dans les autres pays de l'eurozone (par exemple, en Allemagne, Espagne et Irlande) à la fin de l'année dernière», note Olivier Vigna, économiste d'HSBC. La dernière enquête IHS Markit sur l'activité manufacturière dans la zone euro le confirme: l'indice de l'ensemble de la région a reculé en janvier pour le sixième mois consécutif, tandis que la France se distinguait en enregistrant un léger rebond.

«La France a évité, au moins jusqu'à maintenant, l'effondrement des activités manufacturières que nous avons observé dans les autres pays de l'eurozone.»

Olivier Vigna, économiste d'HSBC

Une batterie d'indicateurs assez contradictoires dessine la tendance pour 2019. D'un côté, les difficultés d'offre liées aux capacités de production. Mais de l'autre, un franc optimisme des patrons. Interrogés en janvier par l'Insee pour son enquête mensuelle conjoncturelle, ils se déclaraient plutôt très confiants. Au point d'envisager des investissements importants en 2019. Selon leurs anticipations, ils seraient supérieurs de 10 % aux montants mis sur la table en 2018. Même si les chefs d'entreprise sont classiquement optimistes en début d'année, 2019 apparaît comme un cru d'exception. En moyenne, entre 2004 et 2018, au même moment, ils tablaient sur une hausse de 6 % de leurs investissements.

Dans cet environnement ambivalent, la politique gouvernementale aura son influence. Pour renforcer le tissu industriel, l'exécutif mise sur sa réforme du Code du travail, l'allégement de la fiscalité du capital qui devrait bénéficier aux fonds propres des entreprises, l'amélioration de la politique de formation continue et, plus modestement, l'innovation, via notamment le lancement d'un nouveau fonds dédié.

Une combinaison qui ignore encore la principale demande du patronat: la baisse des impôts de production, qui frappent les entreprises avant qu'elles n'aient dégagé des résultats. Impôts locaux, cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), forfait social, etc.: pour ces prélèvements, la France est numéro deux des pays développés, derrière la Suède.

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À Gaza, les Palestiniens sombrent dans la misère
REPORTAGE - L'aide récemment venue du Qatar ne sortira pas les quelque deux millions de Gazaouis du cercle vicieux de l'extrême pauvreté.

L'aide récemment venue du Qatar ne sortira pas les quelque deux millions de Gazaouis du cercle vicieux de l'extrême pauvreté.

Envoyé spécial à Gaza

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Abbas Baker et sa mère, une vieille femme au regard perdu, ont marché de leur quartier du bord de mer jusqu'à la poste du centre de Gaza. L'homme a rejoint une longue file de nécessiteux, il a pénétré dans le bureau et il en est ressorti avec cent dollars. Un changeur lui a donné 366 shekels israéliens, la monnaie en cours dans les Territoires palestiniens, contre son billet vert. La famille de ce chômeur de 47 ans fait partie des 97.000 foyers pauvres sélectionnés pour recevoir une assistance en espèces offerte pendant six mois par le Qatar. Un sparadrap sur la misère endémique d'un réduit où vivent environ deux millions de personnes, dont plus de la moitié sans emploi lorsqu'ils sont en âge de travailler.

Abbas Baker a perdu son job au ministère de la Sécurité intérieure dans une vague de licenciements ordonnée voilà deux ans par l'Autorité palestinienne. Le pouvoir en place en Cisjordanie s'est lassé de payer une cohorte de fonctionnaires dans une zone sous le contrôle depuis 2007 du Hamas, un mouvement islamiste considéré comme infréquentable par la communauté internationale.

Le Hamas avait refusé l'arrivée de l'aide globale du Qatar d'un montant de 90 millions de dollars en raison de nouvelles conditions fixées par Israël pour le passage de l'argent

Engagée dans une lutte fratricide avec les maîtres de Gaza, l'Autorité palestinienne n'a de cesse de serrer la vis pour étrangler financièrement et politiquement son rival. Abbas Baker paye les pots cassés d'un conflit qui le dépasse. Sa petite retraite part en fumée chaque mois dans des remboursements de crédits et de dettes. «Deux jours après avoir touché ma solde, il ne me reste plus rien. Un système d'entraide avec mes frères assure notre survie, mais eux non plus n'arrivent pas à s'en sortir. J'ai sept enfants. Je vais acheter avec mes cent dollars des produits de première nécessité pour subvenir à leurs besoins», dit-il.

Abbas Baker craint avant chaque distribution une remise en cause de l'obole de la pétromonarchie qatarienne. «Le Hamas, l'Autorité palestinienne et Israël jouent avec nos nerfs pour entretenir une guerre psychologique», estime-t-il. L'ancien employé d'une administration fantôme pense prendre la route des migrants s'il parvient un jour à sortir du territoire clos par Israël et l'Égypte. Il voudrait tenter sa chance, comme d'autres Gazaouis, en Turquie ou en Algérie, puis passer en Europe.

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La semaine passée, le Hamas avait refusé l'arrivée de l'aide globale du Qatar d'un montant de 90 millions de dollars versés en six tranches, en raison de nouvelles conditions fixées par l'État hébreu pour le passage de l'argent. L'ambassadeur du Qatar, Mohammed al-Emadi, a finalement trouvé une solution: il ne paye plus, comme il le faisait auparavant, les fonctionnaires en activité et redirige les sommes vers des projets humanitaires grâce à un accord passé avec les Nations unies. «Cet argent est le bienvenu, même s'il ne change pas sur le fond la situation des plus démunis. Il faudrait pour sortir du cercle vicieux de la crise économique en finir avec le blocus imposé par Israël, qui empêche les industries de tourner, et payer les salaires des fonctionnaires de l'Autorité palestinienne pour irriguer le commerce et les services», avance Youssef Ibrahim, ministre adjoint des Affaires sociales du Hamas, venu devant la poste commenter la distribution des subsides.

L'engrenage est toujours le même : le manque de revenus pousse à l'endettement et l'existence se transforme en course au remboursement des dettes

Le responsable islamiste parti, un homme en colère lance: «Ne l'écoutez pas! Ce sont tous des menteurs! J'ai été évincé de la liste des bénéficiaires, j'ai pourtant onze enfants et rien pour les nourrir. Je fais quoi? Je dois voler?» Sous tension, les habitants accumulent les frustrations et le dépit. Dans le quartier d'Abbas Baker, d'autres membres de son clan se plaignent amèrement. Ils sont pêcheurs de père en fils et ne parviennent pas à joindre les deux bouts. L'engrenage est toujours le même: le manque de revenus pousse à l'endettement et l'existence se transforme en course au remboursement des dettes.

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Azzem Baker, 55 ans, croupit avec les siens dans un appartement sans chauffage au quatrième étage d'un immeuble délabré. La lumière qui inonde le salon provient d'une batterie de voiture. Il a marié ses deux fils aînés d'une fratrie de neuf enfants «en même temps» pour économiser les dépenses d'une célébration réduite au strict minimum. Ils ont aujourd'hui chacun une fille, «ce qui permet de partager le lait et les langes». Azzem Baker est peu sorti en mer ces derniers jours. Elle est trop haute, en raison du mauvais temps hivernal, et elle n'est pas rentable. «Il faudrait aller vers le nord, hors de la zone de pêche fixée par les Israéliens pour faire de la marge. C'est trop dangereux!» tranche-t-il. Son chalutier qu'il a acquis avec ses frères gît sur la plage depuis une avarie. «J'ai maintenant une barque à moteur qui est tombée en panne aussi. Le fruit de ma pêche sert à régler petit à petit le prix des réparations et à nous nourrir. Si je ne pêche pas, je ne mange pas. Quand on rentre un peu de sous on achète du pain, de la farine et de l'huile. On se débrouille, mais cela va de pire en pire», raconte-t-il.

Le soutien, humanitaire mais non dénué d'arrière-pensées géostratégiques, du Qatar a permis de relancer la production de l'unique centrale électrique de la bande de Gaza

Les services publics ne se portent guère mieux que le clan Baker. Depuis novembre, le soutien, humanitaire mais non dénué d'arrière-pensées géostratégiques, du Qatar a permis de relancer la production de l'unique centrale électrique de la bande de Gaza. Le courant circule huit heures par jour. Les livraisons de fioul sont toutefois insuffisantes pour satisfaire des besoins essentiels. La cheminée de l'hôpital Shifa, le plus grand centre hospitalier de l'enclave, connu pour accueillir les blessés des manifestations anti-israéliennes, crache une épaisse fumée noire. On brûle des résidus de gazole pour alimenter les blocs électrogènes.

À en croire le docteur Ayman Sahabani, le porte-parole de l'établissement, les cuves sont quasiment vides, une première depuis le début des crises sanitaires. «Nous avons lancé, sans être entendus, un appel aux dons aux organisations charitables. Il y a un risque d'effondrement du système de santé», assure-t-il. Le Hamas, qui joue la stratégie de la tension, affirme ne pas avoir les moyens d'intervenir. Dans le centre de dialyse, les malades ne cachent pas leurs inquiétudes. Ils sont les otages de la rivalité entre factions palestiniennes, du blocus israélien mais aussi égyptien, et surtout des guerres sans fin de Gaza.

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Les investisseurs américains doutent de Macron
INFOGRAPHIE - S'ils saluent «l'impact positif» de ses réformes, ils sont inquiets de sa capacité à gérer les « gilets jaunes ».

S'ils saluent «l'impact positif» de ses réformes, ils sont inquiets de sa capacité à gérer les « gilets jaunes ».

Le French bashing n'est pas de retour, loin de là. L'engouement manifesté par les investisseurs étrangers lors du sommet #ChooseFrance, organisé fin janvier par Emmanuel Macron à Versailles, en est la preuve. Mais de l'autre côté de l'Atlantique, si on regarde aujourd'hui l'Hexagone avec un œil bien meilleur qu'il y a cinq ans, l'inquiétude est plus forte que l'an passé à la même époque. Ainsi, l'attractivité du pays auprès des investisseurs américains «se tasse légèrement», relève une étude de la Chambre de commerce américaine en France (AmCham) et du cabinet de conseil Bain & Company, publiée ce mardi.

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Réalisée entre décembre 2018 et janvier 2019, donc en plein mouvement des «gilets jaunes», elle décrit une situation paradoxale. D'un côté, les réformes d'Emmanuel Macron sont saluées pour leur impact positif sur l'investissement étranger en France. «Les initiatives d'allégement fiscal, de simplification administrative» sont ainsi notamment citées comme des avancées. Le rythme des réformes est également plébiscité par les deux tiers des sondés.

Mais, d'un autre côté, les investisseurs sont majoritaires (60 %) à douter de la capacité du chef de l'État de maintenir le cap. Et seulement 30 % se disent «optimistes» sur l'évolution du contexte économique en France dans les deux à trois ans à venir, contre… 72 % lors de la précédente enquête en février 2018.

«La vague d'optimisme de l'an dernier est derrière nous, nombreux sont ceux qui sont devenus neutres sur l'évolution de la France»

Marc-André Kamel, associé chez Bain & Company

«La vague d'optimisme de l'an dernier est derrière nous, nombreux sont ceux qui sont devenus neutres sur l'évolution de la France», souligne Marc-André Kamel, associé chez Bain & Company. Du coup, les investisseurs ne sont plus que 14 % à recommander l'Hexagone comme territoire d'investissement, alors qu'ils étaient 21 % il y a un an. Les événements de ces trois derniers mois n'y sont évidemment pas pour rien… Quelque 84 % des patrons interrogés se déclarent inquiets de la tournure que prend le climat social tricolore. À l'effet franco-français des «gilets jaunes», il faut en outre ajouter les incertitudes européennes (liées aux élections, au budget italien, à la gestion de l'après-Merkel ou encore au Brexit) et la possibilité d'une guerre commerciale avec les États-Unis qui pourrait, selon eux, «représenter un risque sur les investissements».

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Fenêtre d'opportunité

Entre ces deux courants contraires, force est de constater que la France reste au centre du jeu. Aujourd'hui, plus d'un investisseur américain sur deux perçoit le pays comme «plus attractif que ses voisins européens». Avec ses traditionnelles forces (environnement culturel, situation géographique, qualité de la main-d'œuvre et des infrastructures, mais aussi l'émergence d'un écosystème de start-up innovantes) et ses faiblesses récurrentes (coût des licenciements, manque de souplesse du temps de travail, procédures administratives…).

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Malgré le regain de prudence donc, les intentions de créations d'emploi à horizon 2-3 ans restent à un bon niveau (42 % des investisseurs américains anticipent une hausse du nombre de salariés, 10 points de moins qu'en 2018). Cela «traduit les besoins restants liés à la croissance des années antérieures», précise l'étude. Des besoins qui finiront quand même par se tarir si l'exécutif ne convainc pas, hors de nos frontières, de sa capacité à reprendre la main.

Bref, la France est «à la croisée des chemins», comme le dit l'AmCham. «Il y a une fenêtre d'opportunité, il faut saisir le moment pour poursuivre les réformes au rythme prévu», et se démarquer ainsi de nos voisins européens sur lesquels «les investisseurs se posent pas mal de questions», conclut Stéphanie Barreau, présidente de l'AmCham et de l'entreprise 3M en France. L'enjeu n'est pas des moindres: les Américains, avec 18 % des projets étrangers, sont les premiers investisseurs en France.

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Les niches fiscales, un maquis à 100 milliards d'euros
INFOGRAPHIE - Les 474 niches fiscales, ou «dépenses fiscales» selon le vocabu­laire de Bercy, comptabilisées en 2018, forment un maquis touffu qui nuit à la lisibilité du système fiscal français.

Les 474 niches fiscales, ou «dépenses fiscales» selon le vocabu­laire de Bercy, comptabilisées en 2018, forment un maquis touffu qui nuit à la lisibilité du système fiscal français.

Les niches fiscales sont dans le viseur de Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics. En 2018, ces régimes fiscaux dérogatoires «à des fins d'incitation économique ou d'équité sociale» ont représenté au total 100 milliards d'euros de baisse d'impôt. L'enveloppe se répartit entre 35 milliards de coupes d'impôt sur le revenu des ménages - les 14 milliards évoqués par Darmanin étant constitués des crédits et réduction d'impôts -, 30 milliards pour l'impôt sur les sociétés et les revenus des entreprises ou encore 20 milliards sur la TVA.

Les 474 niches fiscales, ou «dépenses fiscales» selon le vocabulaire de Bercy, comptabilisées en 2018, forment un maquis touffu qui nuit à la lisibilité du système fiscal français. D'autant que ces dispositifs revêtent de multiples formes, héritées souvent de l'histoire: exonération, taux réduit, franchise, abattement, déduction… La réduction d'impôt se distingue du crédit impôt ; le montant de ce dernier peut être supérieur à celui de l'impôt dû, ce qui oblige alors l'État à faire un chèque au contribuable.

La définition des niches fiscales est très sensible car elle dessine en creux ce que l'État considère comme la norme fiscale. «Le quotient familial n'est pas une niche fiscale, mais certaines demi-parts supplémentaires constituent des dépenses fiscales», relève l'ancien magistrat de la Cour des comptes, François Ecalle, auteur du site Fipeco.

Parmi les niches les plus généreuses dédiées aux particuliers figure en première place le crédit d'impôt au titre de l'emploi d'un salarié à domicile, qui pèse près de 5 milliards d'euros en 2019. Il est suivi de l'abattement de 10 % sur le montant des pensions et des retraites (4,2 milliards). Viennent ensuite le taux de TVA à 2,10 % applicable aux médicaments remboursables (2,3 milliards) et l'exonération des prestations familiales ou assimilées (1,9 milliard). Depuis la loi de finances 2009, les avantages fiscaux sont plafonnés. Ils sont aujourd'hui limités à 10.000 euros par foyer fiscal ou 18.000 euros pour les investissements outre-mer et dans le cinéma.

Crédit d'impôt recherche

Les niches fiscales viennent aussi considérablement alléger la facture fiscale des entreprises. Au total, près de 60 milliards d'euros leur reviennent. Le fameux crédit d'impôt pour la compétitivité des entreprises (CICE) représente la première «dépense fiscale» pour l'État avec un peu plus de 20 milliards d'euros sur la table, loin devant le crédit d'impôt en faveur de la recherche (6,2 milliards). La TVA réduite dans la restauration, que Bercy a tenté sans succès de sabrer l'année dernière, assure de son côté un bonus annuel aux restaurateurs de 2,9 milliards d'euros.

Chaque année, au moment de la loi de finances, en fonction des arbitrages politiques, le montant et le périmètre des niches fiscales évoluent. Pour financer la loi Pacte, le gouvernement a ainsi, dans le budget 2019, mis fin au taux réduit de TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) pour le gazole non routier.

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Comment le fisc vous espionne
ENQUÊTE - Le Figaro Magazine dévoile les nouvelles armes des agents de Bercy pour traquer les contribuables fraudeurs.

Le Figaro Magazine dévoile les nouvelles armes des agents de Bercy pour traquer les contribuables fraudeurs.

«Vous êtes des fiscalistes de haut vol. Je compte beaucoup sur vous pour traquer les fraudeurs!» Debout face à une assemblée de 25 agents du fisc expérimentés, qui viennent d'entamer une formation judiciaire express de six mois à l'École nationale des douanes, installée à Tourcoing, Gérald Darmanin savoure, en cette soirée du 10 janvier, cette rencontre dans sa ville d'élection. Le ministre de l'Action et des Comptes publics est à l'aise sur ses terres nordistes, promettant aux stagiaires de «boire une bière» avec eux à Tourcoing avant qu'ils n'achèvent leur cursus l'été prochain. Mais il est surtout ravi d'inaugurer ainsi la première promotion de la «police fiscale» qui vient d'être créée sous son impulsion.

Une loi antifraude, adoptée en octobre, a étendu les possibilités de poursuites pénales et instaure un service judiciaire dédié rattaché à Bercy, complémentaire des services de police. En plus des contrôles fiscaux classiques, il s'agit de poursuivre devant les tribunaux davantage de délinquants. Après avoir encouragé les stagiaires, Gérald Darmanin confie en aparté: «Sous le contrôle des magistrats, ces agents pourront utiliser des écoutes téléphoniques, mener des perquisitions et procéder à des gardes à vue. Il était temps qu'une vraie police fiscale puisse agir de la sorte.»

Une tolérance zéro pour les fraudeurs

Soupçonné de ne pas mettre le paquet pour sanctionner la fraude qui représenterait entre 40 et 100 milliards d'euros par an - évaluation très large qui n'a rien de scientifique -, le gouvernement veut démontrer qu'il agit avec célérité sur ce sujet sensible. Après avoir fait voter, en août, une loi qui instaurait le «droit à l'erreur» pour les administrés de bonne foi, il vante une «tolérance zéro» pour la vraie fraude. «Éluder l'impôt est un coup de poignard au pacte républicain, martèle le ministre. Il est normal de sanctionner ceux qui s'y adonnent. Nous redressons entre 17 et 20 milliards d'euros chaque année suite à des contrôles fiscaux. Nous avons désormais des moyens pour améliorer ce chiffre et faire de la prévention.»

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- Crédits photo : FRANCOIS BOUCHON/LE FIGARO

La police fiscale n'est pas la seule nouvelle arme dont il dispose. Effectif depuis le 1er janvier, le prélèvement à la source doit limiter certains abus de contribuables expatriés qui «oubliaient» parfois de déclarer des revenus. «Nous devrions récupérer ainsi entre 700 millions et 1 milliard d'euros», estime Gérald Darmanin.

Surtout, depuis plusieurs mois, le fisc utilise de puissants outils d'enquête. Recueil de renseignements venant de pays voisins, accès à des fichiers secrets, utilisation d'algorithmes d'intelligence artificielle… Plus intrusif: le fisc veut surveiller davantage les plates-formes collaboratives sur internet (du type Airbnb) et les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou LinkedIn. Le «Big Brother» fiscal se déploie à une échelle inédite, non sans inquiéter certains contribuables…

Cette montée en puissance est en partie due à des pressions extérieures. En effet, en se fondant sur une loi votée aux États-Unis en 2010, les autorités américaines ont imposé à tous les pays de nouvelles règles d'échanges d'informations fiscales sur leurs résidents. Comme leurs collègues, les Français ont été priés de s'y plier. Dans la foulée, les pays développés de l'OCDE, au nom de la lutte contre les paradis fiscaux, ont décidé, mi-2014, de faciliter les transmissions automatiques de renseignements bancaires et fiscaux. L'Union européenne a surenchéri, avec des directives plus ambitieuses sur les informations portant sur les revenus financiers, les comptes bancaires, les transferts au sein des multinationales ou les montages fiscaux.

«C'est une vraie révolution. Elle va nous aider à pister la grande fraude, qui touche surtout les entreprises», se félicite Émilie Cariou, députée LREM de la Meuse, vice-présidente de la commission des Finances et elle-même ancienne contrôleuse fiscale. Au total, une centaine de pays ont commencé à échanger des informations de ce type en 2017 et 2018. «Il reste évidemment des zones opaques où certains contribuables ont planqué leur argent ou tentent de se domicilier fictivement, que ce soit du côté de Dubaï, du Maroc ou de la Chine, mais les mailles du filet se sont resserrées», admet un avocat fiscaliste.

Des listings de comptes venus de Suisse

Dans ce contexte, la France a commencé à envoyer et à recueillir une masse colossale de renseignements. Depuis mi-2017, Bercy a ainsi reçu des centaines de fichiers provenant essentiellement de pays européens, contenant plusieurs millions de données, principalement des listes de comptes bancaires de Français, avec les noms de leurs détenteurs et les montants. «Il y a deux mois, nous avons réceptionné, pour la première fois, des listings détaillés provenant de Suisse. Nous avons beaucoup de travail pour tout vérifier», révèle un haut responsable de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), le bras armé de Bercy.

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Car l'administration doit d'abord trier les informations pour les rendre homogènes et exploitables. «Cela nécessite un traitement complexe de remise en forme, qu'on appelle la fusion de données», explique François Paulus, fondateur de la start-up Semsoft, expert de ce sujet, qui travaille notamment pour des banques et des administrations. Ensuite, Bercy vérifiera si ces comptes à l'étranger sont bien déclarés par leurs titulaires, ou si certains les ont dissimulés pour des raisons inavouables. Les détenteurs de magots offshore non déclarés, qui n'ont pas régularisé leur situation fiscale par l'intermédiaire du guichet spécial mis en place à cet effet à Bercy entre 2013 et 2017 - 53.000 comptes concernés, et près de 9 milliards d'euros récupérés -, risquent d'être fortement sanctionnés.

Un algorithme pour repérer les anomalies

Croulant désormais sous les renseignements provenant de l'étranger, l'administration s'est déjà dotée de nouveaux moyens pour pouvoir les croiser avec ses propres fichiers. Une petite équipe d'une vingtaine d'informaticiens, de fiscalistes et d'experts du big data a été constituée discrètement à partir de 2014. Objectif: réunir toutes les informations sur 5 millions d'entreprises dans une grande base de données décloisonnée. Logée dans l'immeuble Sully, près de la gare de Lyon, cette cellule de «data mining», appelée «mission requête et valorisation» (MRV), a commencé à utiliser des algorithmes de recherches pour mettre en évidence des corrélations suspectes que le seul examen humain serait incapable de repérer. Son logiciel d'intelligence artificielle a été baptisé «ciblage de la fraude et valorisation des requêtes» (CFVR). «Il sert à détecter des anomalies, et donc des soupçons de fraude, par exemple des bénéfices minorés ou des possibles schémas de fraude à la TVA. Les premiers résultats sont très encourageants», explique Antoine Magnant, directeur général adjoint de la DGFIP. Plusieurs sociétés privées spécialisées assistent Bercy pour le traitement de ces informations. «Nous essayons de faire gagner du temps, avec des outils graphiques de présentation», explique Sébastien Heymann, PDG de Linkurious, l'un de ses prestataires.

«Souvent les Français se photographient eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Ce sont les comptes personnels, puisqu'ils sont publics, qui seront regardés»

Gérald Darmanin

Toujours plus gourmande, l'administration fiscale a été autorisée en août 2017, à titre expérimental pour deux ans, à nourrir sa base de données avec ses fichiers sur les particuliers, soit les 37 millions de foyers fiscaux. Une véritable aubaine! Concrètement, la cellule de data mining pioche dans 22 fichiers de Bercy. Tout y passe: données des contribuables, revenus transmis par les employeurs, comptes bancaires, contrats d'assurance-vie, actes notariés, données patrimoniales, cadastrales et immobilières, liens d'associés et de dirigeants d'entreprises, de même que le détail des impôts payés et des contentieux en cours. Les ordinateurs peuvent y ajouter des informations provenant de l'étranger, d'autres administrations, d'organismes sociaux ou de sociétés privées, comme des opérateurs de téléphonie ou des commerçants. Ils commencent même à faire des recherches à partir de mots-clés dans des documents, ce qu'on appelle du «text mining».

À l'arrivée, l'algorithme CFVR recrache des «indices» à la pelle: plus de 10.000 professionnels et des dizaines de milliers de cas de particuliers chaque trimestre! «Cet outil nous permet de mieux programmer nos contrôles fiscaux, à partir de ciblages plus pertinents. Mais il ne remplace pas l'humain. C'est ensuite à nos agents de procéder aux vérifications», précise Maïté Gabet, chef du service du contrôle fiscal à Bercy. Avant le CFVR, chaque année, près de 30 % du million de contrôles fiscaux sur pièces et des 50.000 contrôles approfondis effectués ne débouchaient sur aucun redressement. Ce taux devrait diminuer. «En 2018, 15 % des contrôles ont été programmés grâce à cet outil de data mining. Nous espérons que cette part montera à 50 % d'ici à un an», annonce Gérald Darmanin. La cellule MRV sera dotée à cet effet d'un budget supplémentaire de 20 millions d'euros.

Objectifs: analyse du train de vie et des domiciliations

Alors que l'expérimentation de l'utilisation du CFVR sur les particuliers s'achèvera mi-2019, Bercy souhaite déjà la prolonger. Et veut même aller plus loin, en abreuvant son «Big Brother» de nouvelles informations: celles provenant des réseaux sociaux. Le champ est immense, puisqu'il recouvre tout ce qui est publié par les particuliers sur les comptes Facebook, Instagram, LinkedIn, etc. «Souvent les Français se photographient eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Ce sont les comptes personnels, puisqu'ils sont publics, qui seront regardés»,a avancé Gérald Darmanin, le 11 novembre sur M6, évoquant le début d'une surveillance de masse début 2019.

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Le ministère de l'Économie et des Finances va solliciter la Commission nationale de l'informatique et des libertés. - Crédits photo : Emile LUIDER/REA

En réalité, le ministre est allé vite en besogne. Actuellement, les services fiscaux regardent déjà, de manière ponctuelle, ce que les suspects de fraude postent sur leurs réseaux sociaux, de la même manière qu'ils demeurent attentifs à leurs apparitions dans les médias traditionnels. «Ils le font depuis longtemps en épluchant les articles de la presse people et la presse économique pour détecter le train de vie ou la domiciliation des VIP», explique l'avocat fiscaliste Eric Ginter.

C'est notamment le cas pour ce que le fisc appelle les «dossiers à fort enjeu», qui concernent notamment les contribuables gagnant plus de 270.000 euros par an ou dont le patrimoine est supérieur à 3,9 millions d'euros. Mais la collecte des données des réseaux sociaux de tous les contribuables constitue un autre défi. Elle n'est pas encore autorisée… «Nous sommes en train d'étudier le périmètre de ce que nous souhaitons récolter, afin de ne pas nous planter juridiquement», explique Antoine Magnant. «Nous voulons faire une expérimentation, en sollicitant, bien sûr, un avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés», renchérit Gérald Darmanin.

Sollicitée sur l'extension du CFVR aux particuliers en 2017, la CNIL avait recommandé que les fichiers exploités soient bien listés et avait exigé qu'un bilan lui soit adressé à la fin de la période d'expérimentation de deux ans. L'éventuelle captation des données issues des réseaux sociaux début 2019 fait grincer des dents. Interrogée sur ce sujet par Le Figaro Magazine, la CNIL répond qu'elle n'a pas, pour le moment, été saisie de cette nouvelle demande de Bercy. D'autre part, elle estime qu'une «base légale claire et explicite» serait nécessaire pour exploiter de telles données personnelles, même si elles sont publiques. Pour la CNIL, il faudrait des précautions maximales sur un tel projet, «compte tenu de son caractère intrusif dans la vie privée des personnes et du caractère potentiellement massif de la collecte».

Surveillance accrue des transactions

Autrement dit: rien n'est encore formellement sur les rails. Gérald Darmanin se veut rassurant: «Nous n'allons pas embêter les Français en collectant leurs photos de vacances pour voir combien ils dépensent», confie-t-il. «Il s'agit seulement de chercher des éléments d'indices de soupçons de grosses fraudes, sans que cela constitue forcément des preuves», précise un de ses conseillers. Mais ce projet n'a pas fini de provoquer de vifs débats! «Je serai très prudent sur le sujet», avance Laurent Saint-Martin, député LREM du Val-de-Marne et rapporteur du projet de loi antifraude. «Il a surtout une vertu dissuasive, sur le thème “attention, le fisc vous surveille et saura vous retrouver”», estime l'avocat Thierry Vallat.

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Antoine Magnant, n° 2 de la Direction générale des finances publiques. Le data mining initiera 50 % des contrôles en 2019. - Crédits photo : DGFIP

L'administration s'est, parallèlement, pourvue d'autres armes qui lui permettent de traquer différemment les petits et grands fraudeurs. La loi antifraude votée le 23 octobre 2018 oblige les plates-formes collaboratives de location meublée, comme Airbnb, à identifier précisément les loueurs et à transmettre annuellement les revenus versés, quand ceux-ci dépassent le seuil de 3000 euros ou concernent plus de 20 transactions. Par ailleurs, la surveillance des transactions des «crypto-actifs», comme les plus-values sur les bitcoins, se resserre, avec des obligations déclaratives des sites internet. Enfin, le fisc peut désormais aller chercher des renseignements auprès de certains organismes sociaux, comme les Urssaf ou l'Inspection du travail, afin de pister le travail au noir.

Publicité des sanctions pour les entreprises

Le durcissement des sanctions et leur publicité contribuent aussi à cet arsenal répressif. Le texte de loi autorise par exemple Bercy à rendre publiques les décisions de redressement et les condamnations pour fraude fiscale, une fois qu'elles sont définitives. Cette publicité négative - appelée le «name and shame», très redoutée dans le monde anglo-saxon - ne concernera que des entreprises, et non pas des particuliers, et des dossiers portant sur plus de 50.000 euros d'impôts éludés. «Il s'agit de pointer du doigt les entreprises qui sont des mauvais exemples. Cela aura des vertus dissuasives», estime Laurent Saint-Martin. Plus de 2500 sanctions fiscales seraient ainsi concernées tous les ans par cette mise au pilori. Autres cibles dans le collimateur: les intermédiaires (avocats, conseillers fiscaux) qui «concourent, par leurs prestations de services, à l'élaboration de montages frauduleux ou abusifs». Ils encourent des peines fiscales lourdes si le caractère «intentionnel et direct» de leurs services est établi: au moins 10.000 euros de pénalités et jusqu'à la moitié de leurs honoraires.

Les plates-formes collaboratives seront surveillées davantage, ainsi que les conseillers fiscaux et les intermédiaires incitant à la fraude

Enfin, la nouvelle police fiscale constitue bien l'ultime arme fatale pour punir les fraudeurs patentés. Jusqu'à présent, Bercy se contentait généralement des redressements. Seuls un millier de dossiers - concernant rarement des entreprises - étaient ensuite transmis chaque année par le fisc au parquet pour de possibles poursuites judiciaires. «Franchement, le pénal ne comptait pas beaucoup pour Bercy», admet un avocat expert des contentieux. Mais une procédure judiciaire fiscale a été créée en 2009 pour traquer notamment les trafiquants de drogue, suspects d'enrichissement illicite. Une vingtaine de policiers et d'agents du fisc ont rejoint en 2010 une nouvelle Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale (BNRDF) au sein de la police judiciaire, qui dépend du ministère de l'Intérieur.

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Ses superflics financiers se sont occupés notamment de l'affaire Cahuzac et des listings de clients de la banque HSBC, quitte à débuter leurs enquêtes sur des soupçons de «blanchiment de fraude fiscale», alors que le fisc n'avait pas fini ses contrôles. «Ces doubles poursuites, fiscales et pénales, soulèvent de sérieux problèmes de cohérence et de droit», s'inquiète Marc Bornhauser, président de l'Institut des avocats-conseils fiscaux (IACF). Problème: la PJ croule désormais sous des dizaines de dossiers! Et le traitement judiciaire de l'affaire Wildenstein - une relaxe intégrale pour absence de preuves de fraude fiscale, prononcée en janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Paris en faveur de la famille des marchands d'art - a ravivé les critiques sourdes des services fiscaux à l'encontre des policiers, jugés moins connaisseurs qu'eux.

Le nombre de plaintes pénales va exploser

Conséquence: en échange de l'abandon de son monopole de transmission au parquet, Bercy a obtenu fin 2018 de pouvoir créer son propre service de police fiscale judiciaire - rattaché au service de douane judiciaire déjà existant - afin de cibler les montages de fraudes les plus complexes et faire condamner leurs bénéficiaires. Les premières équipes seront à pied d'œuvre en juillet prochain. «Bercy risque d'avoir la gâchette facile et il y aura une concurrence entre cette police fiscale et les services classiques de PJ pour accrocher rapidement le plus de trophées», s'alarme déjà un expert. Selon le ministère, le nombre de plaintes pénales devrait mécaniquement passer de 1000 à près de 2500 par an. Pour encourager ses Eliot Ness en cours de formation, Gérald Darmanin leur a lancé, avant de les quitter, mi-janvier, à Tourcoing: «Bonne chasse au service de la République!» Les fraudeurs sont prévenus.

lefigaro.fr
Plongée au sein des très généreuses institutions de la République
ENQUÊTE - Comme Chantal Jouanno à la tête de la CNDP, de nombreuses instances publiques accordent des salaires importants à leurs dirigeants.

Comme Chantal Jouanno à la tête de la CNDP, de nombreuses instances publiques accordent des salaires importants à leurs dirigeants.

Fin août, les «gilets jaunes» n'ont pas encore fait leur apparition à l'avant des voitures mais l'atmosphère est déjà lourde. Le mois de juillet a été marqué par les révélations des graves abus d'Alexandre Benalla, proche collaborateur du chef de l'État Emmanuel Macron. Les premières auditions publiques et les soubresauts politiques semblent avoir été écrits par un audacieux scénariste de série télé. L'exécutif espère une pause.

Pourtant, une information se diffuse et reste de longues journées en tête de gondole des réseaux sociaux. Il ne s'agit que d'une nomination à un poste de la haute fonction publique, mais pas n'importe laquelle. Celle d'Agnès Saal. L'ex-directrice générale du Centre Pompidou et ex-patronne de l'INA est nommée haut fonctionnaire à l'égalité, la diversité et la prévention des discriminations auprès du secrétaire général du ministère de la Culture. Or Saal avait été suspendue et condamnée à trois mois de prison avec sursis pour des frais de taxis indus: près de 48.000 € en tout. Ses compétences n'ont jamais été remises en cause mais son cas est devenu emblématique.

Six mois plus tard, alors que le mouvement des «gilets jaunes» s'est emparé de l'espace public, Emmanuel Macron confie à Chantal Jouanno l'organisation d'un grand débat public pour renouer avec la France. Mais l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy n'est pas même entrée en fonction que la médiatisation du montant de ses indemnités comme présidente de la Commission nationale du débat public l'oblige à reculer. Pour 2019, il s'élèvera à 14.710 € mensuels, à peine moins que le président de la République ou le premier ministre qui émargent autour de 15.000 €.

Les revenus de Jouanno ne sont pourtant pas différents, voire inférieurs à ceux des autres présidents des 26 autorités indépendantes administratives (AAI) allant du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) à la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) en passant par la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique (HATVP) ou l'Autorité des marchés financiers (AMF). Jacques Toubon, le Défenseur des droits, une de ces AAI, est lui aussi entré dans la tourmente.

«L'opacité ne crée pas le populisme mais le populisme se nourrit de l'opacité»

Vincent Jauvert

Selon Le Canard enchaîné, l'ex-ministre de 77 ans toucherait 30.000 € par mois entre son indemnité et plusieurs retraites cumulées. Interrogé sur RTL, il balaie. «Ma rémunération? Je ne comprends pas que cela choque.» La mèche s'enflamme, même s'il avance «un travail à temps plein rémunéré conformément aux règles et trois pensions après 44 ans au service de l'État».

Dès le lendemain, cet ancien du Conseil d'État s'excuse. «Je me suis mal exprimé, les inégalités et les injustices sont un vrai sujet de débat, j'en suis tout à fait conscient…» Il propose d'ouvrir le débat sur la question du cumul des emplois et des retraites, autorisé depuis la loi de 2003. Trop tard, même si son entourage précise que les montants du Canardsont faux. Toubon touche 10.629 € net comme Défenseur des droits. Pour les retraites, il percevrait 11.100 € du Conseil d'État, de l'Assemblée et du Conseil de Paris. Soit, en tout, 9000 € de moins qu'indiqué dans l'hebdomadaire. L'ensemble reste confortable…

«L'opacité ne crée pas le populisme mais le populisme se nourrit de l'opacité», souligne Vincent Jauvert dans Les Intouchables d'État (Robert Laffont). Ce journaliste de L'Obsa enquêté deux ans sur le sujet de la haute fonction publique. Il se dit «fasciné par l'incroyable incompréhension de ces très hauts fonctionnaires de la crise en cours, et la distance colossale qui les sépare des gens normaux».

Le seuil de tolérance des Français vis-à-vis de la haute fonction publique sur les tricheries, les montants des traitements et les cumuls ou les «fromages» cachés s'est effondré à mesure qu'est montée la colère. Alors que, paradoxalement, un vrai travail a été mené ces dernières années en matière de transparence et de limitation des abus.

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Concernant les AAI, les avis sont ainsi plus mesurés qu'ils ne l'étaient. Les choses ont quelque peu changé depuis le rapport cinglant du sénateur Jacques Lézard en 2015. Il dénonçait «un État dans l'État», voire «une jungle» avec «une absence de réel contrôle» et «de transparence», sans parler des «conflits d'intérêts».

La loi de juin 2017 a fait disparaître ou fondre 18 de ces autorités. Mais tout est loin d'être réglé. Dans un rapport de décembre 2017, la Cour des comptes relève que cette loi est aussi «venue renforcer une autonomie de gestion déjà large» et que ces AAI «sont ainsi exemptées du contrôle budgétaire de droit commun». «Le corollaire de cette liberté devrait être un autocontrôle exigeant», note la Cour. Mais «celui-ci n'est pourtant pas toujours observé». Elle préconise notamment de diminuer les indemnités en cas de cumul avec des retraites…

«Est-ce normal que deux AAI placées sous la tutelle d'un même ministère refusent de mutualiser ne serait-ce que le courrier, au prétexte de leur indépendance ?»

Jean-Luc Warsmann

«L'indépendance de ces AAI est bienvenue lorsque l'État risque le conflit d'intérêts mais il faudrait renforcer le contrôle parlementaire», prévient Matthias Fekl. Secrétaire d'État au Commerce extérieur sous Hollande, il s'interroge sur le fait que les présidents des AAI ont «parfois plus de pouvoir que les ministres en charge des dossiers ou les députés de la commission concernée».

Député Agir des Ardennes, Jean-Luc Warsmann a lui aussi rédigé un rapport parlementaire sur le sujet. Et il est plutôt remonté. «Est-ce normal que deux AAI placées sous la tutelle d'un même ministère refusent de mutualiser ne serait-ce que le courrier, au prétexte de leur indépendance?» Il dénonce «des salaires indécents» et «des connivences au sommet». «Beaucoup a été fait, la polémique d'aujourd'hui arrive de façon décalée», conteste Frédéric Lénica, ex-directeur général du CSA, devenu directeur de cabinet de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Issu du Conseil d'État lui aussi, il reconnaît pourtant que «des fusions pourraient encore intervenir». Un ancien du CSA le dit clairement: «Le bon format serait une fusion de l'Arcep, du CSA et d'Hadopi.» Un serpent de mer. Personne n'y est arrivé tant les résistances semblent colossales. Autant de postes en moins de présidents, de vice-présidents ou de membres des divers collèges.

«Ce n'est pas le nombre des AAI qui m'obnubile, c'est leur intérêt», glisse l'ex-secrétaire d'État au budget Christian Eckert. En feuilletant la liste désormais publique des indemnités des présidents de ces AAI, on note ainsi au passage que la présidente de l'Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP) ne perçoit que 18.000 € annuels, soit un smic mensuel. C'est qu'en fait, Élisabeth Flûry-Hérard exerce un plein-temps comme vice-présidente de l'Autorité de la concurrence où elle touche près de 11.000 € brut mensuels. «Elle préside l'ARDP en surplus, en grande partie en prenant sur son temps libre», indique-t-on à la Concurrence. Sachant que la mission de l'ARDP «consiste à contrôler la légalité des décisions prises par une autre autorité sectorielle, le Conseil supérieur des messageries de presse». Élisabeth Flûry-Hérard perçoit en outre une retraite d'administratrice civile.

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«Dans les AAI comme ailleurs au sein de la haute fonction publique, souligne Marylise Lebranchu, on observe une caste dominante de gens très influents qui passent d'un poste à l'autre au gré de leurs relations politiques, en interne ou avec les grands groupes du privé. Une sphère de pouvoir discrète.» Celle des grands corps de l'État, du Conseil d'État à la Cour des comptes en passant par l'Inspection des finances, les Mines ou les Ponts. «Lorsque j'ai voulu mener des réformes les concernant, ils sont allés chercher le SGG (Secrétaire général du gouvernement) jusqu'à ce qu'ils obtiennent gain de cause», se rappelle-t-elle, encore amère de son impuissance d'alors. Une situation choquante pour celle qui fut ministre de la Réforme de l'État et de la Fonction publique entre 2012 et 2014. «Presque autant que les inégalités de salaires au sein de la fonction publique.» Sur les plus hauts montants, elle relativise. «Sur 5 millions de fonctionnaires, dit-elle, il n'y en a que moins de 1000 dont les salaires sont vraiment très élevés. On les trouve essentiellement à Bercy et au Quai d'Orsay, des directeurs régionaux des finances publiques aux ambassadeurs de pays en guerre avec pour certains des avantages non négligeables, du logement à diverses indemnités.»

Ancien vice-président du Conseil d'État, Jean-Marc Sauvé défend les hauts montants mais «pas les rémunérations excessives, au-dessus de 250.000 euros». «Quel État voulons-nous? Un État paupérisé ou attractif? Est-ce que le service de l'intérêt général et du bien commun doit être pénalisé au regard des activités industrielles et commerciales du secteur marchand?»

«Si on veut des services publics de qualité, il faut rémunérer leurs responsables correctement»

François Villeroy de Galhau

En résumé: pour éviter la fuite des cerveaux vers le privé, sachons mettre la main au porte-monnaie. «Si on veut des services publics de qualité, il faut rémunérer leurs responsables correctement. Quitte à aussi renforcer l'exigence de résultat et l'évaluation», complète François Villeroy de Galhau. Mais le gouverneur de la Banque de France juge «blessant pour les fonctionnaires qui ont choisi de s'engager à fond dans le public plutôt que de gagner nettement plus en entreprise, qu'on leur jette à la figure les trois fromages restants…». D'autant qu'au sein des AAI, la plupart d'entre elles sont utiles et effectuent une véritable mission de service public à l'instar de l'Autorité des marchés financiers ou de l'Autorité de sûreté nucléaire.

Président de la société Autoroutes et Tunnel du Mont-Blanc (ATMB) très majoritairement détenue par l'État, l'ex-ministre PS Thierry Repentin se désole de la réputation attachée à son poste. «Oui, dit-il, on a parlé d'un chalet de fonction lorsque Édouard Balladur était à ma place. Or il y a bien un chalet Balladur dans Chamonix et je ne sais pas s'il en est propriétaire ni comment il l'occupe. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne concerne pas ATMB!»

Repentin, qui est de la région, habite «un appartement de fonction avec deux chambres» lorsqu'il vient à Chamonix et assure que son salaire brut annuel est de 65 000 €, «très très loin derrière mes pairs du privé…». «Je suis mandataire social, précise-t-il en outre, sans possibilité de prise de participation.» Repentin est formel: «Le statut était hors norme dans les années 70. Il ne l'est plus du tout aujourd'hui.»

«Il y a un vrai souci pour les hauts fonctionnaires en fin de carrière, voire à partir de 50 ans. On ne sait pas toujours où les mettre»

Il reste tout de même quelques îlots de tranquillité au sein de l'État. On en trouve dans bien des ministères et jusqu'à Bercy, pourtant réputé pour sa rigueur. Le CGEFI (Contrôle général économique et financier) est un joli spécimen de cimetière doré. «Cet organisme de contrôle était pire avant, précise un haut cadre de Bercy. Mais si on applique les standards du privé, ce n'est pas franchement efficace. Disons que les audits censés être menés ne sont pas “normés”. On ne sait pas qui fait quoi ni même si tout le monde fait quelque chose, avec des salaires considérables.»

«Le CGEFI est un “fromage”, résume un membre du Conseil d'État. Un des derniers, mais un bon.» Pour tenter de justifier cet organisme, ce cadre de Bercy précise qu'en France, «il y a un vrai souci pour les hauts fonctionnaires en fin de carrière, voire à partir de 50 ans. On ne sait pas toujours où les mettre». Le CGEFI est aussi bien utile pour les politiques. François Fillon a été soupçonné de vouloir y placer en 2011 Dominique Tiberi, fils de l'ancien maire de Paris Jean Tiberi, afin de libérer à son avantage une circonscription de Paris. Le Conseil d'État avait annulé le décret de nomination.

Quelques années plus tôt, le chef de l'État Nicolas Sarkozy y a fait nommer Jean-Luc Moudenc après son échec aux municipales à Toulouse. Il y est toujours aujourd'hui et cumule avec son statut de maire de Toulouse, de président de la Métropole et de président de l'association France urbaine. Ces deux dernières activités n'étant pas rémunérées. «Je bénéficie du maximum légal de réduction d'heures compte tenu de mes autres activités avec une autorisation de télétravail», explique Moudenc, soucieux de «garder un pied dans la vie professionnelle».

Le maire de Toulouse, qui s'est rapproché d'Emmanuel Macron, glisse n'être pas certain des résultats des prochaines municipales. «Je dois aussi prévoir la suite sachant qu'en 2020, j'aurais 60 ans.» Quoique «très à l'aise avec la transparence», Moudenc refuse de donner le montant actuel de ses indemnités au CGEFI. «On est soupçonné de tout, s'agace-t-il. Les gens ne se rendent absolument pas compte de l'ampleur des difficultés d'exercer des responsabilités politiques.» Selon sa dernière déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique, il touchait 99.044 € en 2011.

«Une note de dix pages qui nécessite un mois de travail sur mon temps libre est payée 1500 € brut»

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a dit vouloir mener une réforme «en profondeur» de la haute fonction publique et des grands corps. Au menu: coupes sombres, économies et rationalisation. Le 12 décembre, le chef de l'État et son premier ministre, Édouard Philippe, avaient rendez-vous avec 1 800 des plus hauts cadres de la fonction publique. Ce rendez-vous reporté pour cause de crise des «gilets jaunes» pourrait se tenir en février. Beaucoup doutent cependant de la capacité d'Emmanuel Macron à mener cette réforme. Certains des responsables politiques ayant travaillé ces dossiers sont particulièrement dubitatifs.

Sénateur du Var et auteur en octobre dernier d'un rapport parlementaire sur la réforme de la haute fonction publique, Pierre-Yves Collombat conserve un souvenir de son audition du secrétaire général du gouvernement Marc Guillaume, homme clef de l'administration française. Dans son rapport, Collombat, associé au groupe communiste, étrille «la morgue polie, qui sied aux serviteurs zélés des grandes maisons, du secrétaire général du gouvernement depuis le quinquennat précédent après avoir été secrétaire général du Conseil constitutionnel sous Nicolas Sarkozy et François Hollande». Bref, «celle d'un intouchable». Cette impuissance, Collombat dit la partager avec ses collègues à droite. L'affaire ne serait pas partisane.

Un jeune énarque du Conseil d'État soutient que les parlementaires «se croient plus importants» que les hauts fonctionnaires et «jalousent» leurs salaires. La feuille de paie de ce haut fonctionnaire dépasse largement les 5200 € net du parlementaire, hors l'indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) d'un montant équivalent. Sans compter les «ménages», des activités rémunérées occasionnelles.

Des «missions de conseils» sont ainsi régulièrement achetées par divers ministères à des membres du Conseil d'État. «Certains veulent nous interdire ces travaux mais qu'ils y réfléchissent», prévient un autre conseiller. «Une note de dix pages qui nécessite un mois de travail sur mon temps libre est payée 1500 € brut. Pour ce même travail, un cabinet d'avocats facture l'État de 10.000 à 30.000 €. Il faut savoir si on veut faire des économies!»

Alors que le gouvernement vient de faire le choix a priori inédit de faire appel à un cabinet d'avocats pour écrire l'exposé des motifs de sa loi sur les mobilités, la question est pertinente. Elle interroge sur les moyens de l'État mais pose aussi la question des risques de collusions entre le privé et le public. Et donc de scandales. «Les hauts fonctionnaires ne se rendent pas compte de la haine qui monte et les élus sont placés en première ligne», s'affole un ancien ministre et ancien député. «Ce ne sont plus seulement les permanences qui sont visées par des actes violents mais les domiciles privés! On dépasse le seul cadre de l'institution…»

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 22/01/2019.

lefigaro.fr
L'Europe est-elle aussi frappée par la crise de défiance ?
ÉTUDES POLITIQUES - Le baromètre de la confiance Cevipof-OpinionWay mesure une distance croissante des Français à l'égard de l'Union européenne et une crainte pour leur vie concrète, plus qu'un rejet de principe de l'Europe.

Le baromètre de la confiance Cevipof-OpinionWay mesure une distance croissante des Français à l'égard de l'Union européenne et une crainte pour leur vie concrète, plus qu'un rejet de principe de l'Europe.

Sur les trente-trois questions formulées par Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français, une seule évoque l'Europe. Et encore, de manière allusive, pour demander comment «partager les choix» en matière de transition environnementale «à l'échelon européen et international». Pourtant, l'Europe, censée être au cœur du projet macronien, est une des réalités les plus contestées. Le baromètre de la confiance du Cevipof, dont Le Figaroa publié vendredi les principales conclusions, fait apparaître clairement cette défiance forte et croissante à l'égard de l'Union européenne et de ses institutions.

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Cette défiance s'exprime sur un fond de demande de plus en plus insistante de protection, ce que certains traduiront par la tentation du repli. 38 % des personnes interrogées par OpinionWay pensent en effet que la France doit «se protéger davantage du monde d'aujourd'hui», contre 23 % qu'elle doit «s'ouvrir davantage au monde d'aujourd'hui». Le différentiel est de 15 points aujourd'hui alors qu'il n'était que de 9 points il y a un an. L'écart se creuse à nouveau alors que sur les trois dernières années il avait plutôt tendance à se resserrer.

Un désaveu pour Macron

Cette évolution est un désaveu du discours qu'Emmanuel Macron a défendu durant sa campagne et a voulu porter dans les premiers mois de sa présidence, à savoir la projection de la France vers un horizon plus grand qu'elle: l'Europe et le monde. Or 17 % seulement se sentent appartenir avant tout à l'Europe ou au monde (11 %), en recul de 2 points sur un an, alors qu'ils sont 41 % à se référer d'abord à un échelon inférieur à l'échelon national, 23 % pour la ville ou le canton et 18 % pour la province, la région ou le département ; soit une hausse totale de 3 points. Ces chiffres confirment que le besoin de proximité l'emporte sur la nécessité de projection.

Il serait faux de déduire de cette hiérarchie de préférences un refus en tant que tel de l'Europe. Invités à se situer sur une échelle de 0 à 10 quant à leur adhésion à «l'intégration européenne», les Français se situent en moyenne à 5,5, soit légèrement du côté de l'intégration. 42 % sont qualifiés par le Cevipof d'«europhiles» (note de 6 à 10) et 23 % d'«eurosceptiques» (note de 0 à 4). Mais ce oui à l'Europe s'accompagne d'une volonté de ne pas voir la France s'effacer en son sein. Ainsi, il y a trois ans, les sondés étaient un peu plus nombreux à se sentir «autant français qu'européens» (33 %) qu'à se sentir «seulement français» (30 %). C'est désormais clairement l'inverse (31 % contre 36 %).

De même, il y a deux matières d'interpréter le regard des citoyens sur l'appartenance à l'Union européenne. Une lecture favorable à l'UE constatant que les Français restent nettement plus nombreux à considérer qu'il s'agit d'une bonne chose (40 %) et non d'une mauvaise chose (26 %). Et une lecture qui lui est défavorable constatant que ce différentiel positif s'est réduit de 11 points en une seule année.

Clivage entre deux France

Ce positionnement à l'égard de l'UE illustre une fois encore le clivage entre deux France: clivage politique, géographique, social et générationnel. Ainsi les plus de 65 ans sont les seuls à être majoritairement convaincus (50 % tout juste) que l'appartenance à l'Union européenne est une bonne chose pour leur pays, contre un gros tiers seulement chez les 25-34 ans (35 %). On notera que si le bloc central 25-65 ans affiche une certaine distance, un regain de sentiment européen caractérise les électeurs les plus jeunes (43 % chez les 18-24 ans). Les plus partisans de l'appartenance à l'UE sont les Parisiens et les habitants de la région parisienne (44 %), les professions libérales (54 %), les plus diplômés (58 % au-dessus de bac + 2) et les catholiques se déclarant pratiquants (65 %). Comme dans un miroir inversé, ceux pour qui cette appartenance est une mauvaise chose se trouvent chez les habitants des communes rurales (36 %), les ouvriers (42 %), les non-diplômés (38 %) et les sans religion (27 %).

À la veille des élections européennes, les macronistes, qui promeuvent plus d'Europe, et l'ensemble des partis proeuropéens ne doivent pas non plus oublier que la construction européenne reste synonyme de craintes

Politiquement, les contrastes sont accusés de manière plus spectaculaire encore. Les électeurs de premier tour d'Emmanuel Macron sont les plus europhiles (72 %) et ceux de Marine Le Pen les moins (9 %). Même approbation (56 %) chez les électeurs de François Fillon et de Benoît Hamon. «Les traces des clivages internes aux familles politiques de la gauche et de la droite sont toujours là sur les questions européennes mais pour autant tout le monde ne se range pas avec la même intensité derrière la bannière des “progressistes” ou des “conservateurs”, analyse Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. Cette ligne de clivage existe mais elle n'est pas la seule ; si les clivages du 29 mai 2005 (le référendum sur le traité de Constitution européenne) se sont considérablement atténués depuis, les données continuent de montrer que des interprétations de gauche et de droite sur l'Europe sont encore présentes malgré la force du clivage entre ce que certains appellent “les gagnants” et “les perdants” de l'intégration de la France dans l'économie mondiale.»

Enfin, signe que la question européenne est aussi un des critères d'explication de la crise actuelle, on constate que les soutiens aux «gilets jaunes» sont plus nombreux à voir dans l'appartenance à l'UE une mauvaise chose qu'une bonne (33 % contre 28 %), alors ceux qui ne les soutiennent pas sont massivement proeuropéens (63 % contre 14 %) Ce même clivage se retrouve lorsque OpinionWay interroge son échantillon de 2 116 personnes sur le niveau de confiance envers le Parlement européen.

À la veille des élections européennes, les macronistes, qui promeuvent plus d'Europe, et l'ensemble des partis proeuropéens ne doivent pas non plus oublier que la construction européenne reste synonyme de craintes. 58 % des Français redoutent qu'elle conduise à «une perte de notre identité nationale et de notre culture» (64 % des habitants des communes rurales) ; 61 % qu'elle entraîne «une augmentation du nombre d'immigrés en France» (73 % des ouvriers), 69 % qu'elle induise une augmentation du chômage (77 % des non ou peu diplômés) et 70 % qu'elle se traduise par moins de protection sociale. Pour des Français inquiets pour leur vie quotidienne, l'Europe n'incarne donc pas un horizon radieux.

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Cap sur l'Arctique russe avec les marins du Fedor Ushakov
REPORTAGE - À bord du Fedor Ushakov, nos reporters ont pu relier, depuis Mourmansk, le cap de Dejnev, le point le plus oriental du continent asiatique, et sillonner les mers polaires de l'Arctique russe. Cette mythique route maritime, appelée passage du Nord-Est, est de plus en plus empruntée en...

À bord du Fedor Ushakov, nos reporters ont pu relier, depuis Mourmansk, le cap de Dejnev, le point le plus oriental du continent asiatique, et sillonner les mers polaires de l'Arctique russe. Cette mythique route maritime, appelée passage du Nord-Est, est de plus en plus empruntée en raison du réchauffement climatique. Voyage au bout du monde, et au bout de la nuit.

«Nous allons frôler la tempête. Attendez-vous à des vagues de plus de 3 mètres de hauteur. Soyez prêts.» Aleksander Cutlubaev, capitaine du Fedor Ushakov, est formel: la nuit risque d'être agitée. Il est minuit lorsque ses prédictions se révèlent exactes. Alors que nous restons allongés dans les lits superposés de notre cabine, nous sentons le navire tanguer au rythme de la houle. Guidé par l'expertise d'Aleksander, l'équipage du Fedor Ushakov aura évité de peu le cyclone pour gagner, au petit matin, une mer parfaitement plate. Une nuit comme beaucoup d'autres pour tous ceux qui, comme nous, s'apprêtent à emprunter l'une des routes maritimes les plus mythiques du globe: le passage du Nord-Est.

«Si vous aviez embarqué sur ce même bateau pour ce même voyage, mais en 1983, je peux vous dire que j'aurais été vraiment inquiet», nous souffle Mikhail Suslin, un conseiller en sécurité de la société de fret Sovcomflot. Mikhail sait de quoi il parle. Dans les années 1980, il opérait en tant que capitaine pour les vaisseaux de la Northern Shipping Company. Et il ne se souvient que trop bien d'une époque où des dizaines de bateaux se sont retrouvés emprisonnés par la glace dans les ports de la Tchoukotka.«Le vert que vous voyez là, ce sont des couches de glace d'environ 30 centimètres d'épaisseur, nous indique Alexander Olshevesky en nous montrant un écran d'ordinateur. Ça s'étend sur plus de 1500 milles. Quand ça vire au violet, c'est au-dessus de 30 centimètres.»

Cet ancien capitaine du brise-glace nucléaire Taimyr a passé trente ans de sa carrière dans des conditions similaires à celles que nous allons affronter. Les prévisions qu'il a sous les yeux datent de novembre 2014: selon lui, et les données qu'il a pu compiler, les conditions seront approximativement les mêmes lors de notre traversée en ce mois de novembre. Nous emprunterons le passage du Nord-Est, cette route maritime sillonnant l'Arctique russe et reliant les océans Atlantique et Pacifique en passant par les mers de Kara, Laptev, Tchouktches et Béring. Une voie empruntée par toutes sortes de vaisseaux: les tankers transportant du pétrole depuis Novoportovskoye et Varandeyskoye ou de la plate-forme Prirazlomnaya, mais aussi ceux ramenant le gaz de l'entreprise Yamal LNG. Le passage du Nord-Est, c'est une traversée au bout du monde et au-delà.

Le défi de 18 hommes d'équipage

Un périple exceptionnel défiant tous les récits des voyages les plus fous, et qui débute un 12 novembre à Mourmansk. Le départ est alors prévu pour 22 h. Tous les membres de l'équipage du Fedor Ushakov n'attendent que ça. Lever l'ancre et laisser derrière eux des semaines entières de préparation pour affronter les eaux polaires. «Ici le capitaine. Levez l'ancre», annonce une voix à travers un haut-parleur grésillant. Notre brise-glace flambant neuf manœuvré par un équipage de 18 âmes rassemblant certains des meilleurs professionnels de Russie défile devant les lumières du port de Mourmansk.

Dans cette zone du monde, une règle prévaut: plus on est au nord, plus les histoires que les navigateurs racontent sont dramatiques. Beaucoup plus que celle relatant ce qui s'est passé le 15 juillet 1608, au niveau du 75e parallèle. Deux marins de l'expédition de Henry Hudson rencontrent une sirène. «Elle était à côté du bateau, raconte le journal de bord. Elle nous fixait. Elle était semblable à une femme, sa peau était blanche et ses cheveux noirs. Quand elle replongea sous l'eau, on aperçut sa queue, comme celle d'un maquereau.» Une description qui ressemble plus à un phoque du Groenland qu'à une sirène… Henry Hudson est l'un des nombreux marins à avoir voulu découvrir et franchir le Nord-Est. Lui et son équipage devaient relier Londres à Cathay, en Chine, par ce supposé passage. Pauvre de lui! L'explorateur anglais finit par découvrir l'actuel Manhattan… aux États-Unis.

Un raccourci de quinze jours

L'importance de cette route maritime ne peut se comprendre qu'en regardant une mappemonde avec une projection cylindrique comme celle de Peters - la plus commune en Occident. Si l'on veut relier, par exemple, Londres et Shanghaï, la distance entre les deux villes est de 11.865 milles nautiques en passant par les mers du sud contre 8814 en naviguant dans les mers du nord. Un raccourci pouvant, en théorie, faire économiser du temps et du carburant. Jusqu'à quinze jours de moins qu'en passant par le canal de Suez, par exemple. Et le réchauffement climatique entraînant une importante fonte des glaces, la Russie rêve d'inciter de plus en plus d'armateurs à emprunter cette voie désormais pratiquable. Mieux encore, la réduction de la calotte glaciaire ouvre, depuis le début des années 2000, de nouvelles routes passant encore plus près du pôle Nord.

Depuis 1966, les zones de l'Arctique recouvertes de neige au début de l'été ont été réduites de 20 %. L'océan Arctique, par lequel passe ce fameux passage du Nord-Est, s'est lui aussi complètement transformé. Dès les années 1970, l'étendue minimale de la banquise perdait 8 % de superficie par décennie. En 2007, pour la première fois depuis que l'homme connaît ces eaux, le passage du Nord-Ouest (qui traverse le Canada) était vierge de toute glace. Des conditions qui, de facto, améliorent la navigation à travers le passage du Nord-Est. Mais pourtant, tout n'est pas encore si simple.

«Pour naviguer dans l'Arctique, vous avez besoin de vaisseaux spécialement renforcés, nous explique Nadezhda Malysheva, de Media Group PortNews. Ces bateaux sont plus endurants mais ils sont très lourds, très lents et consomment beaucoup plus de carburant pour se déplacer.» De surcroît, le passage du Nord-Est ne peut se faire qu'accompagné d'un bateau brise-glace, ce qui ajoute au coût de la traversée. Malgré cela, en mars 2017, Vladimir Poutine annonçait vouloir faire du passage du Nord-Est «la clé du développement de l'Arctique russe et des régions du grand Est», en augmentant le trafic de fret dans cette zone à 8 millions de tonnes par an d'ici à 2025.

Nous franchissons le 77e parallèle alors que le soleil se lève, aux alentours de 6 h. Mais, avant 11 h, l'obscurité envahit déjà l'horizon tandis que les premières glaces sont perceptibles. La couche est encore très fine, à peine 3 ou 5 centimètres. Puis, les premières polynies (en russe polynya, signifie «trou dans la glace») apparaissent. Ces zones sont recouvertes d'une couche de glace très mince au milieu de la banquise. «Vous pouvez aussi voir des «brash nyllas fields», indique notre spécialiste de la glace à bord, Dmitry Kravchenko. Ce sont ces fines couches qui semblent encore épouser les remous de l'eau.»

Le danger des champs de glace

Sur la carte avec laquelle nous suivons notre progression, les noms de tous les marins et explorateurs fascinés par le passage du Nord-Est et ayant donné leur nom à des mers ou des détroits se succèdent. Les Novgorodiens ont atteint le golfe de l'Ob dès le XIIIe siècle. Trois cents ans plus tard, le peuple des Pomors naviguait jusqu'à la Nouvelle-Zemble. Et dès le XVIe, ce sont les Hollandais et les Anglais qui tentaient de passer le Nord-Est. Ce n'est qu'en 1878 qu'Erik Nordenskiold parvint à naviguer à travers ce passage de bout en bout - soixante ans avant Otto Schmidt qui, lui, réalisa le voyage d'un seul coup.

Un matin, nous retrouvons le capitaine Kutlubaev et Dmitry Kravchenko, sur le pont. Les deux hommes échangent en aparté des informations sur les conditions de notre traversée. Bien que notre navire, le Fedor Ushakov, soit un excellent bateau adapté pour les conditions arctiques, à bord tout le monde le sait: la glace ne pardonne pas. C'est pour cette raison que ces deux-là n'ont pas relâché leur vigilance durant tout le voyage, vérifiant sans cesse les cartes de navigation, le radar et les prévisions satellites. Autant de précautions pour garantir le succès de notre mission: franchir la mer des Laptev et approcher le détroit de Sannikov. «Les vents du nord ont apporté la glace vers les côtes et compressent notre route, explique Dmitry. On a donc décidé d'emprunter Sannikov où des fractures dans la banquise devraient nous aider à naviguer.»

Dans cette mer des Laptev, traverser les champs de glace épais de plus de 50 centimètres nécessite de naviguer à la main en ralentissant la vitesse de croisière de 12 nœuds jusqu'à 6 nœuds et même parfois 2 nœuds - l'équivalent d'un piéton. Jalonnant ces champs glacés, des buttes formées par le vent et la rencontre de deux banquises font vibrer la coque de notre navire à tel point que nous nous réveillons parfois en sursaut dans la nuit. Rapidement, les couches de glace que le Fedor Ushakov doit traverser atteignent plus de 1,50 mètre d'épaisseur.

Cette atmosphère extrêmement bruyante, glaciale et plongée dans une obscurité perpétuelle a deux effets sur les gens à bord: ils veulent toujours dormir et manger. Heureusement, la nourriture est délicieuse et diverse. Chaque pause repas dure à peu près une heure: petit-déjeuner à 7 h 30, déjeuner à 11 h 30 (lorsqu'il fait déjà nuit) et dîner à 17 h. Entre-temps, la cantine propose en permanence des fruits secs, du thé et des friandises.

Une navigation éprouvante

L'arrivée sur le détroit de Sannikov est un véritable goulot d'étranglement et, quelques jours plus tôt, quatre vaisseaux s'étaient immobilisés au milieu de la banquise. À peine 55 kilomètres de large et 25 mètres de profondeur au maximum. Le Fedor Ushakov trace sa route en pulvérisant d'épais blocs de glace flottant sur une eau étonnamment sale - les fonds marins ne sont pas très loin. Sur les images satellites du détroit de Sannikov, nous distinguons les signaux GPS de ces quatre autres navires: ils évoluaient en file indienne mais avaient tenté de se disperser trop rapidement au niveau du détroit. «Ils sont vraiment coincés, annonce notre capitaine. Ils ne sont même pas à un demi-nœud. Ils vont devoir attendre qu'un brise-glace vienne les chercher un par un. Ça ne va pas être facile pour eux.»

Au loin, scintillant dans l'obscurité, nous apercevons les lumières de ce convoi encastré dans la glace vers 3 h du matin. Un vent glacial nous siffle dans les oreilles et mordille de froid nos doigts pourtant emmitouflés. Le jour et la nuit se mélangent à tel point que tout ne semble être qu'un infini couloir d'obscurité. Et soudain, en moins de vingt-quatre heures, tout change. Après deux semaines passées au nord du 70e parallèle dont une au-dessus du 75e, le Fedor Ushakov découvre à nouveau la lumière du soleil pendant quelques heures chaque jour. Un moment bref, mais bienvenu après une traversée éprouvante dans les mers arctiques.

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Autour de nous, le monde commence peu à peu à réapparaître: des ours polaires marchant au loin sur la banquise, des phoques émergeant çà et là au milieu de l'eau et des oiseaux survolant le pont. Et, juste avant le détroit de Béring, ce sont des morses qui accueillent notre arrivée. Ce n'est que plus tard, après avoir franchi le cap Dejnev - le point de terre le plus à l'est de l'Eurasie - que le fameux passage du Nord-Est se trouve finalement derrière nous. 2194 milles nautiques entre le capJelania et Dejnev, le tout parcouru en 8 jours, 9 heures et 52 minutes à une vitesse moyenne de 11 nœuds.

Le défi du xxie siècle

Pour un navire comme le Fedor Ushakov, ce voyage n'était qu'une opération commerciale ordinaire, le nombre de bateaux empruntant cette route continuant d'augmenter. Et si, auparavant, la présence de brise-glace était obligatoire - et permettait d'assurer une certaine sécurité pour les cargos et les tankers -, des vaisseaux chinois avec une coque renforcée sont parvenus à franchir le passage seuls et sans encombre.

Malgré cela, pour beaucoup des membres d'équipages, cette traversée fut un baptême du passage du Nord-Est. «Beaucoup de gens sont habitués à naviguer dans des eaux glacées, confie notre jeune capitaine de 37 ans. Mais rien n'est vraiment comparable à cette route maritime. C'est un vrai défi pour les marins. Et, pour les capitaines qui ont la chance de naviguer dessus, l'occasion de faire partie d'un petit club très exclusif.» Un club dont l'adresse se trouve au bout du monde… et au-delà.

Les résultats du questionnaire « L’intimité à l’ère du numérique » sont tombés !

De manière générale, on note une véritable prise de conscience des individus liée à la vie privée et aux données personnelles. 

De la liberté à la maîtrise : l’évolution du sens de la « vie privée ». La vie privée est traditionnellement perçue comme la possibilité pour un individu de conserver une forme d’anonymat dans ses activités et de disposer d’une capacité à s’isoler pour protéger ses intérêts. Elle est donc intimement liée à la notion de liberté. 

Mais l’analyse des résultats de ce questionnaire montre que la maîtrise des informations apparaît comme plus important que la notion de liberté : pour 54,3% la vie privée signifie avoir le contrôle sur le type d’informations collectées et pour seulement 8% cela signifie ne pas être observé ou dérangé par d'autres personnes. 

Le paradoxe des réseaux sociaux : au ban de la confiance mais en tête pour les usages : 65% des personnes interrogées ne font pas confiance aux réseaux sociaux, alors qu’ils font pourtant partie du quotidien de cette génération.

Enfin, malgré un prise de conscience sur les dangers des nouvelles technologies sur la vie privée, 40% des personnes interrogées n’ont rien changé à leur comportement, de façon à mieux protéger et à limiter le partage de leurs données personnelles.